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16.10.2007

Complètement toqué ce mec là !

57 pour monter au bureau, 34 pour sortir du parking, 14 pour grimper à l'étage… j'ai pris l'habitude de toujours compter les marches que je gravis dans la journée. Un TOC ?
Ne vous moquez pas ! regardez-vous plutôt …

Notre vie est régie par les chiffres, et j'irais même jusqu'à dire que tout ce qui est du domaine du réel recèle une dimension donc une donnée mesurable.
Notre journée est martelée par cet impérialisme du chiffre : l'heure du réveil, la température extérieure, les calories du repas, la distance pour aller au bureau, son âge, les prix des produits, le cours du baril de brut, la durée des matches sportifs, les achats et remises … sont autant d'étapes de nos emplois du temps martelées par ces symboles numériques.

Et que dire alors de notre environnement de travail : salaires, budgets, marges, chiffres de vente, remboursements, tableaux de bord : toute notre vie professionnelle est régie par ces chiffres qui décident ou dessinent notre réussite ou notre échec, nos ambitions et nos frustrations, nos objectifs et nos échecs…
Il serait aussi de l'ordre du mensonge que de sous-estimer la force du chiffre, celle qui nous permet de nous réfugier derrière une donnée mesurable et donc nous permet l'économie d'une prise de décision subjective, empreinte de sentiment ou d'impressions, confort suprême.
Il y aurait tant à dire sur ce poids du chiffre sur notre vie, mais une telle étude mériterait un plus long développement que je ne désespère pas de trouver le temps de mener un jour… avec vos commentaires …

Pourquoi cette lancinante interrogation aujourd'hui ?
Le principe de notre éducation est basé sur l'obtention de résultats strictement mesurés et calibrés, de façon unanime et uniforme. Au delà du résultat au sens numérique du terme, valeur essentielle ou voulue comme telle, comment mesurer la qualité d'un raisonnement, la capacité d'appréhender un problème, la force de conviction, la présence ou le charisme ?
Notre rôle est-il d'apprendre à ces jeunes étudiants à reproduire des modèles de pensée ou de calculs ou à se les approprier voire à en inventer de nouveaux ?
Ces nouveaux penseurs qui nous abreuvent de leurs conseils soit disant philosophiques prônent la disparition du système de notation actuel, mais sans avoir trouver de nouveaux repères qui permettraient aux enseignants de savoir si leur auditoire a intégré le schéma de pensée en sus des connaissances de base. A moins de revenir à une échelle de valeurs numériques ?
1 et 1 font deux !....

A un moment où je m'apprête à lancer une "opération Trophées" (à suivre …), je trépigne de trouver réponse à ces questions …. Ah, si les chiffres pouvaient donner réponse à tout !…


cvouilloux@gmail.com

 

07.10.2007

allo Patron Bobo !

 

Cette semaine, j'ai reçu trop de jeunes déçus, désemparés voire déprimés par leurs entretiens d'embauche qui n'en sont pas. Ces jeunes viennent "mendier" pour certains, "gagner" pour d'autres une place dans l'entreprise.
Comment sont-ils reçus ?….

Certains se plaignent d'une génération dont le travail n'est plus la valeur essentielle (pour ne pas dire une "génération de fainéants" comme ils disent). Soit. Mais alors ouvrons leur la porte de nos lieux de travail !

Avec simplicité et admiration, ce petit texte leur est dédié.

Jeremy est devant sa page blanche.

Sa génération n'a pas l'habitude d'écrire, il est de la série MSN-Men lui aussi : "G ri1 a put dan 7 let" lui semble aussi pertinent qu'une longue phrase qui lui semblerait grammaticalement alambiquée et fort peu porteuse de cette familiarité qu'il recherche dans la nudité de son expression écrite.

Il n'a pas les cheveux coiffés "out of bed", ni le pantalon aussi large que celui d'un paysan américain nourri aux hamburgers, et encore moins le chewing-gum archi mastiqué que même les entraîneurs sportifs se plaisent à faire claquer devant les caméras en ce moment !
Non, pantalon sobre, chemise boutonnée et cravate dont sa sœur a fait le nœud… tant bien que mal.
Il est devant sa lettre de motivation.

Ses parents ont beau lui mettre la pression, il a beau savoir que ce bout de papier est le sésame de son emploi, il reste planté devant sa feuille.

Toute la semaine, il a arpenté les "boites" comme il dit pour la présenter avec son CV, aussi court d'ailleurs que la liste de ses lectures ! L'accueil est toujours aussi froid, impersonnel voire insolent. Comme si ceux qui le voient débarquer plein de bonnes intentions, d'idées fausses sur le monde du travail, d'images de fortune vite accumulées à l'image de ces stars desséchées de valeurs et de morale dont il est abreuvé par les médias, et l'air emprunté comme un jeune premier lors de son premier rendez-vous ne le voyait même pas !

Toute la nuit il a imaginé des milliers de scénarii possibles, des milliers de phrases à prononcer. Il a tourné autour de son oreiller comme une chèvre attachée trop court à son piquet. Toute la nuit il s'est imaginé réussir son entrée dans le théâtre de l'entreprise. Et puis, à chaque fois, il se retrouve envahi par ces démons du trac, de l'angoisse, du silence que l'attitude ignorante de ses vis-à-vis encouragent à la torture.

En sortant de ces "entretiens" qui n'en sont pas, il a envie de hurler sa douleur : celle de quelqu'un qui fait l'aumône d'une considération que les adultes ne veulent pas accorder à ces jeunes qui font l'effort de venir les démarcher en ayant l'impression souvent odieuse de vendre leur âme à des soit-disant chefs d'entreprise qui n'en ont que la prétention ! celle de ces vingt ans d'attente pour entrer dans le monde des adultes, celui qui définit la position sociale à coup de salaires et d'objectifs.
Lui aussi veut avoir sa carte de visite, lui aussi veut un salaire de ministre, lui aussi veut prétendre manager des équipes, lui aussi veut jouer avec les stocks-options, lui aussi veut acheter et vendre des entreprises, lui aussi veut TRAVAILLER !

Alors, vous les chefs d'entreprise qui croisez le chemin de ces apprentis de la vie professionnelle, ne cassez pas leur enthousiasme ! laissez les vivre leur naissance à notre vie d'adultes, écoutez les, encouragez les, et surtout, comme le dirait un chanteur sans doute déjà plus de leur génération : Allo - patron – pas de bobos !


cvouilloux@gmail.com

 
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